Les voeux de GasquetDemi-finale à Wimbledon, présence au Masters : c’est fait. De passage à Adélaïde,
le numéro 1 français a joué le jeu des projections pour 2008.
DEPUIS UNE BONNE HUITAINE, Gasquet
avait prévenu le directeur du tournoi d’Adélaïde
qu’il lui ferait faux bond. L’inflammation au
genou gauche réapparue début décembre l’avait
convaincu de ne pas prendre le risque d’une
reprise précipitée. En un coup de fil, la tête de
série no 1 disparaissait du tableau mais… pas du
paysage. Dimanche, sur les coups de midi en Australie
du Sud, on voit ainsi apparaître un jeune
homme presque plus pâlichon que le linge qu’il
porte. Il approche de sa démarche cotonneuse, il
approche, on le reconnaît. Tiens, Richard, ça
alors ! Ça va ? « Je suis complètement à l’ouest.
Je viens tout juste d’atterrir. Je ne sais même plus
où on a fait escale. Ah ouais, c’était Singapour.
Bien sûr, on a raté la correspondance pour Adélaïde.
On a poireauté en transit de 7 heures du
matin à 23 heures. Et me voilà, frais comme un
gardon ! »
Sous 41 oC, le thermomètre faisant foi, le gardon
n’a pas l’air au mieux. Et pourtant, on lui
demandede jouer à la baballe avec trois kids ravis
de le voir de si près. Gardon Gasquet s’acquitte
comme il faut d’une de ces opérations de relations
publiques que son statut de « masterisé »
rendra de plus en plus fréquentes. Trois minutes,
montre en main. Jet-lagué, enrhumé, Gasquet n’a
vraiment pas les yeux en face des trous. Sans obliger,
le règlement ATP conseille à tout poseur de
lapin de dernière minute de venir faire constater
sa bonne foi sur place. Au bout de deux impasses
sans passer par la case justification, l’amende
tombe.« Comme,en plus, c’était sur le chemin de
Sydney, j’ai préféré venir, explique Gasquet. Je
vais pouvoir m’acclimater à la chaleur et faire en
plus un geste pour le tournoi. » Il est 13 heures, il
fait 43 oC. Le vrai Gasquet a fui vers l’hôtel et la
fraîcheur. Mais sa réplique grandeur nature, une
jolie photo détourée en carton, trône toujours à
l’entrée du club-house.
Le lendemain, après une nuit de onze heures, le
numéro 1 français réapparaît. Meilleure mine
mais nez toujours encombré. Il accepte de nouveau
une petite contribution pour le tournoi. Primo,
une séance d’autographes. Secundo, une
interview sur le central par le speaker maison
dont le micro n’amplifie que le son de sa propre
voix. Avant, il avait sué à grandes eaux. Une
heure d’entraînement avec Sébastien Grosjean,
une autre avec Paul-Henri Mathieu. À ce train-là,
il risquait de ne pas être très énergique pour la
soirée du réveillon. « Le réveillon ? Je vais le passer
au lit ! J’ai trop besoin de dormir. Demain, en
plus, je prends l’avion pour Sydney. »
« Happy new year » quandmême… et surtout la
santé. Celle de Gasquet se porte bien. Son genou
ne lui fait plus mal. Il était certes trop juste, question
rythme, pour Adélaïde ; il sera d’attaque la
semaine prochaine à Sydney. C’est le moment
dans la conversation d’aborder la nouvelle année,
la page encore blanche.
Faites vos voeux, rien ne va plus… « C’est dur ça,
oppose gentiment Gasquet. Si je sors du top 10
mondial (il est 8e), on va dire que je suis ridicule.
Si, après ma demi-finale à Wimbledon, je ne fais
pas une finale en Grand Chelem cette saison, on
va dire que c’est une année dem…Pourtant, être
là où je suis à mon âge, ce n’est pas facile du tout.
Disons qu’une saison réussie serait une saison où
je serais encore au Masters en novembre. »
« Faire mieux
à Roland-Garros »
Ce n’est pas tant que Gasquet se sente mal aimé
ou déprécié – il a depuis longtemps compris le jeu
parfois cruel avec les journalistes. Mais il trouve
l’impatiente exigence à son endroit parfois excessive
: « Je paye plusieurs trucs : 1) J’ai peut-être
été trop bon trop jeune. Depuis que je suis gosse,
on m’attend partout, tout le temps. 2) On cherche
depuis plus de vingt ans un vainqueur français à
Roland-Garros. 3) Il y a aussi la comparaison avec
Nadal. Mais je prends le pari : un Nadal, vous n’en
verrez pas un autre dans les deux cents prochaines
années. Je suis quelqu’un d’autre. Je
trouve qu’un Benzema ou un Beauxis ont droit à
un traitement différent. Benzema a vingt ans.
Moi, à vingt ans, j’étais 12e mondial. Lui, on
l’encense et c’est normal. Moi, on disait : “ Mais
qu’est-ce qu’il attend pour faire péter un Grand
Chelem ?” On est trop impatient avec moi. »
Pour le moment, Gasquet, vingt et un ans et demi,
est dans les temps de passage de Federer luimême.
Mais c’est l’année de ses vingt-deux ans,
en 2003, que le super-Suisse avait affolé le
moteur (victoire à Wimbledon et au Masters,
intrusion dans le top 3 mondial). La comparaison
intéresse Gasquet, mais avec modération.
« Donc, si je ne gagne pas un Grand Chelem cette
saison, je suis largué, c’est ça ? Hewitt avait
gagné l’US Open et Wimbledon à vingt et un ans
mais, depuis, il n’en a plus gagné d’autre. Chacun
sa route. Si je dois gagner un Grand Chelem à
vingt-cinq ou vingt-six ans, ça ne me tuera pas. »
Ça n’a jamais tué personne. Tant qu’il y est, rayon
résolutions, il ajoute : « Faire mieux à Roland-
Garros parce qu’en 2007 contre Vliegen, j’avais
été nul. C’est d’ailleurs la dernière connerie que
j’ai faite dans le boulot. J’aimerais aussi perfectionner
mon anglais, mon golf
et puis bien sûr il y
a les filles…» Ça non plus, ça ne le tuera pas.
FRÉDÉRIC BERNÈS
:roule: Ah lala ca doit pas mal profiter de son statut de star aupres d'un certain nombre de filles :biggrin:
